Il est difficile de présager de l’avenir, mais, on peut (malheureusement) faire l’hypothèse sans trop se tromper, que l’on va être confrontés à une crise économique de grande amplitude. Les prévisions des différentes instances internationales font d’ailleurs un peu frémir.
De cette dynamique de crise qui risque de s’enclencher, on peut retenir en conclusion deux éléments fondamentaux qui mettent en exergue les difficultés d’accès au crédit auxquelles les petites et moyennes entreprises risquent d’être confrontées.
On peut supposer que les taux d’intérêt vont rester très bas du fait de politiques monétaires extrêmement interventionnistes. Mais les banques, face au risque d’une multiplication des défauts de paiement, vont durcir les conditions exigées pour pouvoir accéder au crédit (notamment en matière de solvabilité).
En ce qui concerne la situation des entreprises, à partir du moment où leur chiffre d’affaires diminue drastiquement, le remboursement des investissements pose problème, mais aussi le maintien de l’activité à flot du seul point de vue des charges d’activités courantes. Les entreprises vont ainsi être confrontées à de gros problèmes de trésorerie.
C’est dans ce contexte que le Comité de Pilotage de l’Eusko a décidé de mettre en œuvre une étude concernant la faisabilité d’un système de crédit inter-entreprises dénommé « barter » en anglais, ou qualifié aussi de circuit monétaire « B2B », de monnaie « business-to-business ».
Ce système relève d’une certaine façon d’une opération de troc. Par son biais, une entreprise cède un bien ou délivre un service à une autre entreprise, et reçoit en retour un autre bien ou un service de valeur égale, sans passer par une transaction en monnaie légale. Le cœur du fonctionnement d’un « barter » tient à un mécanisme de compensation qui enregistre toutes les opérations, en utilisant pour ce faire, une unité de compte spécifique au réseau d’échange (appelée unité de compte réseau : UCR)
Selon un sondage cité par une étude de l’ancien Pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques (« PIPAME »), 65 % des entreprises pourraient être intéressés. Soulignons par ailleurs que, sur le plan juridique, comptable et fiscal les échanges inter-entreprises sont parfaitement légaux en France.
Deux exemples de systèmes « barter » ont acquis une renommée internationale : le WIR en Suisse, et le Sardex en Sardaigne.
Pour les entreprises participantes, il n’y a pas nécessité d’engager de la trésorerie au préalable. C’est pourquoi, ce type de système est intéressant pour les petites et moyennes entreprises confrontées à des problèmes de liquidités et/ou ayant des difficultés d’accès au crédit bancaire. De plus, par rapport à un système de crédit inter-entreprises “classique”, la durée des crédits octroyés dépend des règles de fonctionnement dont se dote le réseau.
Cela étant, en temps de crises, le système de crédit « barter » présentent deux qualités importantes :
- Il constitue un vecteur de relocalisation de l’activité. Ainsi, dans le cas du Sardex par exemple, la proportion de bien alimentaires locaux mis en vente par le commerce en Sardaigne aurait doublé, passant de 16 % à 30 %.
- Il est un outil de résilience pour les entreprises, avec un effet contra-cyclique avéré. En effet, si on prend le cas du WIR, il apparaît que les PME ont logiquement tendance à augmenter leur transaction en WIR lorsque les conditions du crédits se dégradent. Notons que cet aspect de la résilience en tant de crise vient d’être récemment souligné par une étude de la Caisse des Dépôts et Consignations se référant à l’activité de la SCIC France Barter. Selon cette étude, les prestations de « bartering » proposées par la coopérative ont « constitué une solution de résilience importante suite au ralentissement économique causé par la crise sanitaire du Covid-19, la plupart des petites et moyennes entreprises rencontrant des problématiques de trésorerie.
Par rapport au positionnement de ce projet de recherche sur la faisabilité d’un système « barter » il est d’abord constaté qu’une condition importante de réussite d’un tel système réside dans le maillage des relations d’approvisionnement et/ou de sous-traitance entre les entreprises. En effet, toutes les entreprises participantes au réseau « barter » doivent être en mesure de vendre et d’acheter en son sein . Deux questions se posent alors. Savoir d’abord si, à l’heure actuelle, les relations d’approvisionnement et/ou de sous-traitance sont suffisamment denses à l’échelle d’Iparralde pour que le démarrage d’un système « barter » paraisse pertinent pour un minimum d’entreprises. Déterminer ensuite vis-à-vis de l’avenir, quel est à l’échelle d’Iparralde, le potentiel de densification de ces relations d’approvisionnement et/ou de sous-traitance qui sous-tendrait le développement futur du système « barter ».
C’est par rapport à ce double questionnement que le projet d’étude entend analyser la faisabilité d’un système “barter transfrontalier” qui se structurerait dès le départ à l’échelle du Pays Basque Nord et du Pays Basque Sud. De plus, le projet d’étude entend poser comme critère incontournable une stricte comptabilité d’un éventuel système « barter » avec la dynamique de l’Eusko.
Le projet de recherche sera mené par l’Institut de formation créé par Euskal Moneta, l’Institut Bihar, en partenariat avec des chercheurs universitaires : Yannick Lung de l’Université de Bordeaux IV, spécialisé en économie industrielle ; Massimo Amato de l’Université de Bocconi à Milan, chercheur en économie monétaire et financière, et spécialiste du Sardex ; Oier Onaindia de l’Université de Mondragon, du département économie et finance du centre MIK (Mondragon Innovation & Knowledge).
Cette équipe de recherche s’appuiera sur des structures proches des entreprises. C’est ainsi que HEMEN Elkartea pour Iparralde et Olatukoop pour Hegoalade ont été contactés pour que ce projet, dès sa phase d’étude puisse tester les réactions des acteurs du territoire : les entreprises.
Pour HEMEN ce projet semble très innovant et aussi structurant car il permettra d’accroitre sensiblement les relations inter-entreprises de part Euskal Herri.
Les entreprises de notre réseau seront sollicitées au fur et à mesure que l’étude avancera…